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Pratiques du territoire IV

Occupation - dislocation - mutation

20 septembre 2008 - 21 septembre 2008

Conférences au square Cabot

Conférenciers samedi: Dominic Gagnon et Bart Woodstrup
Conférenciers dimanche: Matthew Biederman et Steve Bates
Personnes ressource: Matthew Biederman et Constanza Camelo

La conférence de Dominic Gagnon est coprésentée par le Centre des arts actuels Skol dans le cadre de la diffusion du projet Attachez vos ceintures pour la plus grande innovation automobile de l’année.

Conjointement au projet DAREDx de Matthew Biederman présenté au square Cabot, DARE-DARE propose les 20 et 21 septembre la quatrième partie d’une série de conférences portant sur les relations hybrides entre l’art et l’espace public. Avec Pratiques du territoire: occupation - dislocation - mutation, DARE-DARE veut réunir les réflexions d’artistes et de théoriciens pour accompagner les expérimentations réalisées par les artistes de la programmation.

Lors de ces conférences, le centre d’artistes autogéré propose des approches multidisciplinaires pour repenser la conceptualisation et l’articulation de l’action dans l’espace comme territoire à occuper. Pour cette occasion, les conférenciers invités présenteront, entre autres, le résultat d’activités qui altèrent la notion d’action comme expérience dans des lieux particuliers: territoires sociaux, politiques et économiques.

Les quatre conférences envisagent la relation entre technologies, performativité et espace public depuis des perspectives multiples. D’un côté, les pratiques de Matthew Biederman et de Steve Bates questionnent cette relation à travers les ondes radio et leur possibilités comme espace public. D’un autre côté, Dominic Gagnon et Bart Woodstrup prennent en considération les hautes et les «basses» technologies soit pour créer des espaces de discussion et d’action, ou soit pour augmenter l’autonomisation des individus, par des performances et des interventions.

En agissant via un traitement performatif du lien social et du comportement humain face au pouvoir, nos invités constituent de singuliers acteurs sociaux. Ils ramènent leurs problématiques au niveau local, tout en assumant leurs implications globales: ils saisissent donc le «glocal».

Steve Bates est artiste, musicien, technicien audio. Après des aventures noise avec des groupes de musique punk, Steve s’est intéressé aux formes plus expérimentales de l’organisation sonore dans la musique composée et improvisée, à la radio et dans des projets d’installations. Il habite maintenant Montréal et est coordinateur Son à Hexagram-Université Concordia.

Originaire des États-Unis, Matthew Biederman (Montréal) réalise des performances, des installations et des expositions d’œuvres et ce, depuis le milieu des années 1990. Il a récemment commencé à travailler en collaboration et a formé un groupe international appelé «simple» dont les œuvres se concentrent sur l’interaction sociale plutôt que sur une panoplie de gadgets.
www.mbiederman.com

Réalisateur, installateur et performeur actif sur la scène internationale, Dominic Gagnon considère la création comme technique de mesure du sans mesure ou comme discipline du chaos. Depuis 1996, il fait des représentations publiques d’images en mouvement, exécute des travaux sonores, bâtit des installations et crée des performances dans différentes galeries, festivals et biennales.

Par son travail, Bart Woodstrup étudie les rapports entre les questions environnementales et les nouvelles technologies, particulièrement l’intégration culturelle entre celles-là et celles-ci. Il s’amuse à détourner les lampes de jardin à énergie solaire, conçoit des logiciels de visualisation de données et rêve aux façons de faire fonctionner ses gadgets électroniques sans créer de pollution carbonique. Son travail prend diverses formes: composition musicale, performance audio-vidéo en temps réel, installation multimedia, réseautage.

 

 

Un retour sur : les conférences

Pratiques du territoire
un retour sur :  les conférences
(conférences)
Présentées au square Cabot les 20 et 21 septembre 2008
Conférenciers: Bart Woodstrup, Dominic Gagnon, Steve Bates et Matthew Biederman
Personnes ressources: Matthew Biederman et Constanza Camelo

Séjour en ville, séjour dans les méandres de l’espace public

Frontières invisibles; réseaux sociaux, naturels et technologiques; environnement sensible à nos manières et vice versa; associations poétiques face au climat; autonomisation; rapports quotidiens avec la technologie; ludisme; spectre magnétique comme matériau, mais surtout comme territoire public; marchandisation des ondes radios; réduire, réutiliser, récupérer; énergies alternatives; transformation du climat pour accommoder les sociétés contemporaines; contrôle; relations humaines; interstices sociaux; éthique technologique.

DARE-DARE présentait au square Cabot les 20 et 21 septembre 2008 la quatrième partie d’une série de conférences portant sur les relations hybrides entre l’art et l’espace public, soit Pratiques du territoire: Occupation – dislocation – mutation. Tout en repensant à notre façon d’aborder, d’occuper, voire même de disloquer le territoire public, Bart Woodstrup, Dominic Gagnon, Steve Bates et Matthew Biederman y ont examiné différents rapports qu’entretient aujourd’hui l’être humain avec la technologie.

Environnement relationnel

Pour Bart Woodstrup, qui oriente ses recherches artistiques autour des changements climatiques, des énergies alternatives et surtout de l’éthique des solutions environnementales, ce ne sont pas ces nouvelles technologies qui l’intéressent, mais davantage les relations humaines qu’elles déclenchent.

Depuis plusieurs années, scientifiques et météorologues s’efforcent de mettre au point certains instruments pour décortiquer les réactions climatiques autour du globe et d’autres pour en assurer éventuellement le contrôle. Au quotidien, il est maintenant possible et même banal d’avoir accès à l’information climatique. Avec la météo hebdomadaire par exemple, le citoyen n’a plus besoin de mettre le nez dehors pour connaître la façon de s’adapter au climat du jour. La technologie lui permet un certain mode de vie efficace et simplifié. Cependant, le contact direct et originel avec la réalité de l’environnement disparaît au profit d’une relation virtuelle: la confrontation des cinq sens à l’air ambiant n’est plus nécessaire pour se faire une idée subjective. En réaction à ce phénomène, l’artiste annonce que nous sommes forcément de plus en plus déconnectés avec le climat. Ce que Woodstrup propose, c’est de placer directement le climat entre les mains du public afin de le conscientiser, entre autre, aux effets de la technologie sur les possibilités de contrôle climatique. Avec une œuvre telle que WeaMod, boîte portative comprenant un petit écran circulaire, plusieurs boutons et cadrans ainsi qu’un mode d’emploi pour la marchandisation, l’utilisateur modifie un climat virtuel à l’aide de commutateurs, assistant directement aux résultats sur l’écran. Gathering Lore, station météo artisanale mais efficace, utilise une technologie relativement simple qui permet de mesurer chacun des facteurs climatiques (pluie, humidité, température, soleil, vent) et de les transférer à un décodeur informatique qui transforme ensuite les données en proverbes traditionnels. Selon les mesures récoltées, les proverbes révèlent des associations poétiques anciennement utilisées de façon spontanée, à propos des causes et conséquences du climat.

Agissant dans un autre registre, tout en étant hautement concerné par les énergies alternatives, Dominic Gagnon ancre sa démarche dans une recherche de l’autonomisation. En visant un mode de vie utopique de l’homme des bois moderne, l’artiste crée afin de subvenir à ses besoins énergétiques en région éloignée. Pour le cadre des conférences chez DARE-DARE, Gagnon est venu présenter son projet Attachez-vous pour la plus grande innovation automobile de l’année diffusé par le Centre des arts actuels Skol. Il s’agit d’une éolienne construite à la main avec des morceaux de tôle évincés d’un véhicule automobile. L’objet redéfinit l’utilisation de la voiture en lui faisant produire de l’énergie au lieu d’en consommer. Orbitant autour du concept environnementaliste Réduire, Réutiliser et Recycler (aujourd’hui on compte aussi Valoriser), Gagnon adopte une réflexion sur la pertinence des systèmes d’énergies alternatives, sur la conscience globale et sur la redéfinition du déchet. Celui-ci, comme le souligne Brice Jubelin dans son texte Déchet et ontologie, « est révélateur de pratiques culturelles dont l’aspect de la consommation n’a qu’une moindre part.1 » Il s’agirait donc de révéler nos définitions culturelles à travers la modification et la réinterprétation de nos habitudes matérielles. Ses horizons environnementalistes, Gagnon les conjoint au ludisme et à la poésie qui eux-mêmes côtoient chaos et trip de char. Avec ce genre de sacrifice automobile, tenant une résonnance, cette fois productive, avec les compressions du Nouveau Réaliste César dans les années soixante, l’artiste ne propose pas de tout casser, mais cherche en comparant avec d’autres sociétés contemporaines à réévaluer nos états de conscience en relation avec nos ressources et matériaux, notre consommation et nos déchets.

Considérant les différentes suggestions de la Commission des transports et de l’environnement de l’Assemblée nationale du Québec faites à l’intention du gouvernement dans l’objectif d’établir une nouvelle politique de gestion des matières résiduelles, ainsi que les propositions de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) à propos de l’enfouissement zéro2, Dominic Gagnon, sans y faire référence, semble toutefois y offrir une excellente résolution éco-énergétique : une technologie propre et une poétique de la réutilisation, voire même de la redéfinition. Faisant appel au vent et à ses possibilités énergétiques, Dominic Gagnon pratique le territoire librement, simplement.

Spectre électromagnétique relationnel

Lorsque Nicolas Bourriaud explique l’œuvre d’art en tant qu’état de rencontre, en tant que projet politique qui problématise cette même situation, l’auteur porte une attention au fait que « La mécanisation générale des fonctions sociales réduit progressivement l’espace relationnel.3 » Il donne l’exemple du réveil-matin par téléphone où la voix humaine a été remplacée par la machine, où le guichet automatique est devenu coutume, bref où les possibilités d’échanges, de plaisirs et de conflits humains sont effacés de l’espace public. Dans un même ordre d’idée, Steve Bates et Matthew Biederman s’intéressent aux différents réseaux et relations que permettent les ondes radiophoniques comme espace public. Les deux artistes adoptent une approche du spectre électromagnétique en tant que matériau permettant de redéfinir, ou plutôt d’élargir la notion d’espace public.

Bates s’inspire des networks de la scène musicale punk, explorant aujourd’hui différents concepts d’organisations sonores. Il exploite le médium des ondes radio à des fins expérimentales et de diversités culturelles. Il a offert une aide humanitaire à la radio communautaire montée par la Résistance armée au El Salvador dans les années 1980. À Winnipeg, en tant que directeur de la programmation à la radio universitaire, il a exploré les possibilités sonores qu’offraient la radio, tout en y favorisant l’inscription d’une multitude de voix provenant de différentes cultures. Par son travail, Bates cherche les relations et les réseaux qui se forment et se transforment dans l’espace public, au plan radiophonique mais aussi artistique, politique et social.

Matthew Biederman, qui présentait son projet DAREDx chez DARE-DARE en septembre, tente pour sa part de rendre accessible au public ce dont les organisations gouvernementales s’approprient lucrativement. Au cours de sa conférence, il a rappelé le fait que ces organisations ont procédé à la vente aux enchères des espaces du spectre électromagnétique à des industries commerciales, provoquant un rétrécissement de ces espaces publics. Biederman est donc à la recherche de systèmes de communication ouverts, libres et publics, au-delà des frontières du visible. L’évolution de son projet DAREDx a permis de découvrir l’impact qu’ont physiolo-giquement ces ondes radios sur l’espace tangible de la ville. En diffusant différentes stations qu’il captait à l’aide de technologies radiophoniques, l’artiste suscitait non seulement la curiosité des passants, mais également leur inconfort sonore. D’autres situations ont engendré des échanges avec le public, ce qui a permis une hybridation des relations souvent immatérielles de la radiocommunication avec un niveau social, par des interactions directes et accessibles au public. Matthew Biederman considère même l’idée d’installer un poste de diffusion radio permanent au sein du square, rejoignant les concepts multiculturels et expérimentaux de Steve Bates, tout en s’adressant directement à la communauté immédiate.

L’espace public est vaste.

Jean-Philippe Luckhurst-Cartier
octobre 2008

1 Jubelin, Brice, « Déchet et ontologie », Esse, arts + opinions, no 64 (Automne 2008), Montréal, p.7.

2  Voir à cet effet: Letarte, M., Lafleur, C., Saint-Pierre, B., Vallée, P., Haroun, T., Harvey, R., Corribeau, É., « Matières résiduelles », Le Devoir, 4 et 5 octobre 2008, pp. G1 à G6.

3  Bourriaud, Nicolas, « La forme relationnelle », Esthétique relationelle, Dijon, Presses du réel, 2001, p.17.

 

 


Voir aussi