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Retour sur le projet « Ma Intervalle (actions infiltrantes) » de Martine Viale

par Marie-Ève Leclerc-Parker

13 mai 2014
Sous-projet de :
28 juillet 2013
MARTINE VIALE

« Être vide, c’est être plein de rien », Ma Intervalle (actions infiltrantes) de Martine Viale

1ère saison : 28 juillet-3 août 2013
2e saison : 15-21 septembre 2013
3
e saison : 19-25 janvier 2014
4
e saison : 23-29 mars 2014


Dans le cadre du volet 1 – Intervention dans l’espace public – de la programmation 2013, Martine Viale a présenté le projet Ma Intervalle (actions infiltrantes), une série d’actions performatives s’étalant sur quatre saisons, conçue spécifiquement pour le contexte du Quartier des spectacles.

Pour la série Ma Intervalle – qui consiste en un ensemble de performances présenté par l’artiste à Montréal, en Israël et au Brésil –, Viale s’intéresse aux espaces-intervalles qui lient les gens, l’espace et le temps. En investissant différents lieux du Quartier des spectacles, l’artiste explore la relation du corps à l’architecture en misant sur les notions de périphérie et d’espaces décalés, tout en questionnant la posture de l’artiste dans l’espace public.


Le temps qui passe

Le temps des « bêtes féroces de l’espoir » – formulation empruntée au poète Gaston Miron – était le thème retenu par le comité de programmation pour l’appel de dossiers 2013, qui invitait les projets à renouveler l’expérience collective de la ville et à s’affranchir des notions du temps. Le temps, mais aussi son sens sont des éléments constitutifs de la pratique performative de Viale, qui à travers l’« action-processus » s’intéresse à la corporéité de l’espace et de la durée[i]. Pour son projet chez DARE-DARE, l’artiste a déconstruit le mode de présentation habituel d’un projet d’un mois en quatre semaines séparées, soit une par saison. Avec Ma Intervalle (actions infiltrantes), Viale a donc investi sept lieux différents dans le Quartier des spectacles pour chaque jour de la semaine, et ce pour les quatre saisons. En performant souvent au-delà de deux heures ou même de manière plus ponctuelle, l’artiste désirait explorer le temps long et aliénant dans l’espace public, en privilégiant une approche basée sur la persistance. À l’aide de différents objets, tels que de la laine, un foulard, du papier et du sucre notamment, Viale effectuait une série d’actions posées et imagées parfois discrètes et subtiles, mais jamais invisibles, où le corps agissait comme constante. Sur le chemin de la Reine de l’Esplanade de la Place des Arts par exemple, l’artiste a crayonné l’espace-intervalle entre chaque dalle avec une craie lors de la première saison, soit en été, en réinvestissant différemment ce lieu à l’automne, à l’hiver et au printemps.


Le Ma, l’intervalle

L’« espace-intervalle » – une notion se situant au cœur du projet Ma Intervalle de Viale – provient de ce que les Japonais nomment le Ma, ce qui signifie l’intervalle, l’espace, la durée, la distance[ii]. Non pas celle qui sépare, mais plutôt celle qui unit. On retrouve ce concept au sein de différents types d’arts, tels que la peinture, l’architecture, le théâtre, la musique et les arts martiaux notamment. Dans Ma Intervalle (actions infiltrantes), l’artiste s’est inspirée du Ma architectural afin de proposer différentes interprétations personnelles de cette notion en fonction du contexte[iii]. Viale a donc choisi d’investir des espaces en périphérie du Quartier des spectacles – soit le chemin de la Reine de l’Esplanade de la Place des Arts, la vitrine événementielle du Quartier des spectacles, les bancs rouges de la Place des Arts, l’escalier principal en bois de l’Esplanade de la Place des Arts, l’escalier roulant souterrain reliant le Complexe Desjardins à la Place des Arts, l’abribus au coin de Maisonneuve et Bleury ainsi que le café Van Houtte de la Place des Arts – afin de reconsidérer ces lieux souvent oubliés. À chaque saison et pour une période de temps variable, l’artiste s’est par exemple appropriée la vitrine événementielle déserte du Quartier des spectacles, en enveloppant de plusieurs pelotes de laine noire un kiosque blanc, encourageant un repositionnement individuel et collectif par rapport à cet espace.


En périphérie

Les sept lieux investis à chaque saison par l’artiste ont donc été déterminés en fonction de leur situation périphérique, mais aussi pour leur linéarité architecturale. Viale désirait ainsi donner un sens à ces espaces délaissés, qui constituent pour la plupart des lieux de passage (escaliers, bancs, abribus)[iv]. Ces interstices urbains génériques constituent les exemples du « non-lieu » contemporain, selon Marc Augé, anonyme et anhistorique[v]. Dans Ma Intervalle (actions infiltrantes), les lieux transitoires investis par l’artiste sont devenus au cours des saisons porteurs d’une histoire, d’un souvenir. En infiltrant autant l’intérieur que l’extérieur du Quartier des spectacles, Viale s’est réappropriée des parcelles de l’espace urbain, en forçant le spectateur – accidentel ou averti – à s’arrêter pour un moment.

Par la longueur variable des performances et par leur aspect infiltrant, mais aussi par la déconstruction du mode de présentation du projet, la documentation est devenue un aspect constitutif de l’œuvre de Viale. Tout au long des saisons, le public était invité à consulter la page Facebook de DARE-DARE la veille d’une action pour savoir l’heure et le lieu à laquelle elle se déroulera. Peu de gens se sont toutefois présentés, préférant consulter les photographies des actions de Viale publiées périodiquement sur la page de DARE-DARE. Ma Intervalle (actions infiltrantes) soulève ainsi des questionnements intéressants quant au rôle de la documentation en performance et en art infiltrant notamment, à savoir si la nouvelle présence ne serait-elle pas virtuelle ?



Marie-Ève Leclerc-Parker est une auteure émergente qui s’intéresse à l’art actuel sous toutes ses formes. Étudiante à la maîtrise en histoire de l’art à l’Université du Québec à Montréal, elle collabore à titre d’auteure et de correctrice pour les revues étudiantes Ex_situ et Artichaut magazine. La performance est un médium qui l’intéresse particulièrement, comme le témoigne son implication dans l’organisation de la RIPA (Rencontre interuniversitaire de performance actuelle). C’est toutefois sur la résidence d’artiste dans les centres d’artistes autogérés du Québec que porte son mémoire. Un travail en constante évolution, à l’image de son sujet de recherche.

 

Pour plus d'informations et d'images sur Ma Intervalle (actions infiltrante) veuillez suivre ce lien. 


[i] Martine Viale, About/À propos, En ligne, 2014. <http://martineviale.wordpress.com/>. Consulté le 8 avril 2014.

[ii] DARE-DARE, Martine Viale – Ma Intervalle (actions infiltrantes), En ligne, 2014. <http://www.dare-dare.org/fr/evenements/martine-viale-ma-intervalle>. Consulté le 8 avril 2014.

[iii] Ma Intervalle (actions infiltrantes), Entrevue avec Martine Viale réalisée le 10 avril 2014 (2h).

[iv] Ibid.

[v] Marc Augé, Pour une anthropologie des mondes contemporains, Paris, Flammarion, 1997, p. 156-157.


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