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SHEENA HOSZKO

Red Light Monument: Floor Area of Café Cléopâtre Stages (500 square feet)

2 novembre 2012 - 10 novembre 2012
Sous-événements :
2 novembre 2012
STELLA

FINISSAGE VENDREDI 9 NOVEMBRE 18H00 à la roulotte

Red Light Monument: Floor Area of Café Cléopâtre Stages (500 square feet) est une œuvre contextuelle qui rend hommage au Red Light de Montréal et à son altération par le développement du Quartier des spectacles. Cette installation consiste en une zone au sol illuminée de rouge sur l’esplanade de la station de métro Saint-Laurent. La dimension de l'espace illuminé, mesurant 500 pieds carrés, correspond à la superficie combinée des deux scènes du Café Cléopâtre, légendaire cabaret et club de strip-tease établis depuis 30 ans sur le boulevard Saint-Laurent.

Pour cette installation, Sheena Hoszko utilise le mobilier urbain officiel du Quartier des spectacles, réutilisant les mêmes équipements de scène que les grands évènements publics qui y sont présentés. Red Light Monument: Floor Area of Café Cléopâtre Stages (500 square feet) se dévoilera à la tombée de la nuit, évoquant ainsi la double-nature - à la fois visible et invisible - du travail du sexe à Montréal. Le dispositif s’illuminera aux mêmes heures d’activité que celles du Café Cléopâtre, soit de 11h00 à 3h00, tous les jours.

Par cette installation, l’artiste souhaite d'abord rendre hommage au Café Cléopâtre, soulignant son acte de résistance face à l'expropriation et sa détermination à inciter un débat culturel autour de l'industrie du sexe et de ses travailleuses, tout en soulevant la question du rôle des artistes dans le processus de gentrification d'un quartier.

Un texte d’Émilie Laliberté de STELLA (www.chezstella.org) accompagne l’installation.

 

SHEENA HOSZKO

L’artiste tient à remercier : David Butler, Gabriel D’Amour, Marie-Michelle Deschamps, Félix Desrochers, Adrien Fillion, Michelle Lacombe, Émilie Laliberté, Jessica MacCormack et l’équipe de DARE-DARE.

Un merci tout particulier à: L’ensemble des travailleuses du Café Cléopâtre et à Johnny Zoumboulakis.

 

Retour sur le projet

Sheena Hoszko : Red Light Monument: Floor Area of Café Cléopatra Stages (500 square feet)

Par Erin Silver

 

« If the city is the site of the “coming out” of vaguely constellated desires into a community of love that dare speak its name, is this erotic society not then radically susceptible to the shocks and catastrophes that structure urban modernity? Can social belonging be established by something as volatile as the modern metropolis? »

– Dianne Chisholm, “The City of Collective Memory”[1]

En cherchant dans les limites de ce que fût le quartier Red Light de Montréal un monument de 500 pieds carrés érigé à son histoire, j’ai échoué dans ma première tentative, ignorant cet aspect essentiel de sa mise en visibilité : n’interrompant guère la trame urbaine ou n’étant pas démarquée par un socle ou une plaque, le monument, ici, s’ancrait au sol, à peine visible de jour. Plutôt, portée par la première brise glaciale de Novembre 2012, un carré rouge translucide, projeté sur le pavé de la surface quelconque du parvis de la Station St-Laurent, radiait depuis la rue, tel des braises, pour tous-te-s ceux et celles s’y promenant la nuit.

Imitant les luminaires de stade sportif qui assaillent agressivement les piétons alors qu’ils et elles déambulent ce qui a été nommé le « Sentier Lumineux », un point d’entrée dans le Quartier des Spectacles, le Red Light Monument: Floor Area of Café Cléopatra Stages (500 square feet) de Sheena Hosko expose par la lumière les absences et les empiètements qui suivent le développement urbain. Après presque dix ans d’existence, le nouveau quartier des divertissements de Montréal évoque les démarches historiques de la place Pigalle de Paris et du Times Square de New York, où le déplacement de communautés marginalisées est une signature pour des projets de redéveloppement urbain. En écho à la dévastation sociale opérée par la revitalisation sous l’ancien maire de New York Rudolph Giuliani dans les années 1990, Katherine Liepe-Levinson décrit une tentative « d’éliminer tous les signes explicites de désir sexuel (en plus de tous les signes de trouble social dans tous les sens du terme) de la carte officielle de la ville. » Conséquence de ce type de développement, les opportunités de contact entre les classes se font de plus en plus rares, rendant difficile l’accès au quartier pour ces corps laissés sans domicile.

Dans Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte, Marx inclut dans le lumpen proletariat les « vagabonds, soldats désaffectés, criminels et récidivistes, esclaves en cavale, escrocs, imposteurs, voleurs, fraudeurs, joueurs, maqueraux, tenanciers de bordels, portiers, pirates littéraires, organistes, chiffonniers, rémouleurs, gitans – en gros, toute la masse amorphe et désintégrée de déchets et d’épaves que les Français appellent ‘’la bohème’’ ». Les lumpen, cette « masse amorphe et désintégrée de déchets et d’épaves », a aussi été évoquée dans les explorations d’informalisme et d’anti-forme des années 1960 comme un obstacle à la matérialité industrielle du minimalisme, alors que dans les années 1990, Rosalind Krauss et Yve-Alain Bois adoptent le concept d’informe de Georges Bataille pour catégoriser des travaux orientés vers le matérialisme, l’horizontalité, le pouls et l’entropie, perturbant l’opposition entre cultures « high » et « low » en tant que résistance à la norme bourgeoise. Tout comme Krauss argumente que le Lumpenprole rugueux de Mike Kelley perturbe sa propre horizontalité en suggérant un « lower than low », Hosko propose un pavé-comme-canevas, ramène l’art au niveau du sol et son œuvre agit sur plusieurs plans : la lumière émane d’en haut, frappe en l’accentuant la texture accidentée du sol, le carré rouge vibre dans l’espace entre le haut et le bas, sa non-forme lui permettant d’infiltrer l’espace de plus en plus régulé de la ville.[3]

Situé à un coin de rue du Café Cléopâtre, un club de strip-tease, une véritable institution à la mythique intersection du Boulevard St-Laurent et de la Rue St-Catherine depuis plus de trente ans, résistant aux tentatives d’évictions et d’expropriations, Red Light Monument manipule l’environnement bâti, utilisant la forme du plancher de scène pour produire un monument éphémère émulant la nouvelle identité visuelle du Quartier pour excaver les reliefs historiques que la boule de démolition du développement urbain tente d’aplatir. Suivant de près le « printemps érable », ce mouvement étudiant qui pris d’assaut la ville avec son  carré de feutre rouge sur des vêtements, sacs à dos, mais aussi accolé à des monuments, peints sur des murs, abri-bus, panneaux publicitaires, et billets de banque, la version lumineuse du carré rouge de Hoszko peut aussi être interprétée plus largement comme un appel à la résistance et à l’action politique, ainsi qu’à une esthétique de la réappropriation de l’espace urbain – une zone pour réfléchir aux corps en mouvement, corps en transaction et en infraction, corps à la fois visibles et oubliés.  

Erin Silver a complété un Doctorat en Histoire de l’art et Études féministes et de genre à l’université McGill en 2013. Sa thèse contribue à une analyse historiographique queer féministe des histoires de l’art queers et féministes, tels que conçues par des institutions et lieux artistiques alternatifs queers et féministes de 1970 à 2012.


[1] Dianne Chisholm, “The City of Collective Memory,” GLQ: A Journal of Lesbian and Gay Studies, Volume 7, Number 2 (2001), 195.

[2] Katherine Liepe-Levinson, Strip Show: Performances of Gender and Desire (London and New York: Routledge, 2002), 20.

[3] Ibid., 101.


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