Alexandre David
Faire des places
(installations)
du 10 août au 31 octobre 2007
dans les parages du parc sans nom
vernissage et rencontre le vendredi 10 août de 18h à 23h
Trois objets mobiles, déposés au parc sans nom, pourront être emportés et installés n'importe où. Chaque objet est assez léger malgré son volume considérable pour qu'une seule personne puisse le déplacer et l'installer facilement. Ces objets se déplient et s'ouvrent pour fonctionner comme de petites places. Le principe d'un objet qui se déplie et se replie pour le transport nous est familier: chaise de plage, parapluie, poussette, table pliante. À l'image de ces nombreux objets du quotidien, l'usage initial des objets proposés, soit la possibilité de les déplacer et de les ouvrir, apparaîtra évident et presque naturel. La configuration des espaces, une fois déployés, est tout aussi simple et familière, de façon à ce qu'on puisse s'asseoir sur une forme qui fonctionne comme un banc sans se demander s'il s'agit vraiment d'un banc, ou marcher sur une plateforme sans craindre d'embarquer sur autre chose qu'un plancher. On pourra y faire ce qu'on veut. Ces objets sont en effet destinés à un usage informel: qui résulte de tous les usages singuliers et variables qui s'accumulent et finissent par intégrer la possibilité d'usages alternatifs. Par exemple, on y mange son lunch, mais on sait qu'on pourrait tout aussi bien y faire une sieste, ou avoir une conversation avec un ami, parce que d'autres le font ou l'ont fait.
À la notion d'usage informel, qui se rapporte plutôt à l'objet déployé et momentanément fixé en un lieu, on pourrait rajouter celle d'usage pauvre pour décrire la relation entre l'objet et sa propre mobilité. Les Franciscains, à qui l'on doit cette expression, refusaient non seulement la propriété, mais s'opposaient également à ce que leur usage de la propriété soit balisé par le droit (par exemple, le réglement concernant l'interdiction des chiens dans les parcs Viger et Émilie-Gamelin de l'arrondissement Ville-Marie semble surtout viser à éliminer la présence des itinérants qui ont des chiens). Si l'on rabat cette notion d'un usage sans droit sur l'espace de la ville, elle nous permet de refuser une organisation de la ville qui cherche une conformité entre des types de lieux et des attitudes correspondantes. Chacun de nous accorde à des lieux une importance personnelle et chacun s'adapte autrement aux lieux déjà investis par une communauté. Pour l'artiste, ce projet est une tentative de se faufiler entre ce partage de lieux plus ou moins déterminés par soi et par les autres. (Pour une dicussion supplémentaire, voir une biopolitique mineure, entretien avec Giorgio Agamben réalisé par Stany Grelet et Mathieu Potte-Bonneville, Vacarme, no 10, hiver 2000.)
«Certaines de mes oeuvres fonctionnent comme des tableaux tandis que d'autres fonctionnent plutôt comme des lieux architecturaux à l'intérieur desquels on peut se déplacer. D'autres encore, à mi-chemin entre le tableau et l'architecture, sont conçues de façon à rendre inopérante la distinction entre l'image et l'usage.» Alexandre David est un artiste qui vit et travaille à Montréal. Ses oeuvres en sculpture, en photographie et en peinture ont été exposées dans divers lieux au Canada, en France, au Royaume-Uni et aux Pays-Bas. Il est le récipiendaire du prix Louis-Comtois 2006.