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un retour sur : Giorgia Volpe - Point de rencontre

Giorgia Volpe
un retour sur :  Point de rencontre

(intervention)

Présenté par DARE-DARE au square Cabot du 1er au 15 août, l’intervention Point de rencontre de Giorgia Volpe prend la forme d’un tapis tressé avec des sacs de plastique récupérés. Le projet a débuté ce printemps à Québec avec Croissance Travail et se poursuivra au cours des prochaines années.

Autour d’elle, le tumulte montréalais; les voitures qui défilent, les travailleurs de la construction qui s’activent et la foule urbaine multiethnique qui déambule vers le métro Atwater, le Montreal Children’s Hospital ou encore les commerces environnants. Assise au milieu du square Cabot, Giorgia Volpe, pour sa part, tresse lentement, avec l’aide de deux comparses, un immense tapis fait de sacs de plastique. L’environnement qui l’entoure, les rencontres, de même que les regards croisés qu’elle échange, s’inscrivent au sein du tapis par le biais des gestes répétés et de l’accumulation de matière. Se situant entre l’acte performatif et la création d’objet, l’intervention Point de rencontre, génère un espace de médiation au sein duquel se noue des rapports polymorphes qui questionnent notre perception du temps, notre rapport à l’espace et nos relations aux autres. Bref, un espace nomade et inachevé qui nous permet d’appréhender autrement l’expérience sociale du quotidien.

Le projet, aux premiers abords, rappelle certaines pratiques artistiques des années soixante-dix, qui utilisaient le tressage pour mettre de l’avant des revendications féministes. Si une certaine filiation persiste, il est intéressant de constater que le tressage qui était hier utilisé pour affirmer une identité proprement féminine, est aujourd’hui pour Giorgia Volpe une manière d’aller vers les autres, de transcender les cultures et de faire un pont entre le Brésil, son pays d’origine et le Québec, sa terre d’adoption. Un intérêt pour l’altérité qui se manifeste également dans le choix des sacs de plastique recyclés comme matière première. En plus d’agir comme trompe-l’œil et de piquer la curiosité des passants, ce choix esthétique élargit le spectre interprétatif de l’œuvre, le sac de plastique étant à la fois l’icône par excellence de la surconsommation et un objet d’échanges à caractère majoritairement économique.

C’est ainsi que Giorgia Volpe rompt avec sa routine quotidienne imposée par le rythme lent du tressage pour confectionner ce qu’elle nomme un « tissu social » au sein duquel les petits gestes prennent un caractère monumental. Un travail qui s’inscrit dans le corps de l’artiste étant à la fois physique, affectif, sensoriel, puis dans le contexte particulier du square Cabot. Pour de nombreux piétons, ce dernier sert de raccourcis quotidiens alors que pour certains membres de la communauté inuit, il est un véritable lieu de rassemblement. Giorgia Volpe a ainsi été confronté lors de l’intervention aux problèmes affectant cette communauté (alcoolisme, toxicomanie) tout comme aux moyens choisis par les autorités pour les contrer, qui consistent essentiellement en de nombreuses et persistantes patrouilles policières. Un contexte qui a marqué le projet puisque l’artiste a recueilli des témoignages, appris à côtoyer cette communauté, certains d’entre eux attendaient même l’artiste le matin pour l’aider à disposer son tapis.

De plus, pour Giorgia Volpe, il n’était pas nécessaire que les passants s’arrêtent pour tresser avec elle, le projet n’était donc pas seulement une œuvre participative au sens traditionnel du terme. Créer un accro visuel dans le quotidien des passants, prenant parfois la forme d’un arrêt, de quelques questions et simplement d’un regard, était pour l’artiste significatif. Saisissant au vol les opportunités qui s’offraient à elle pour modeler son projet, Point de rencontre, se présente comme une suite d’échanges et de micro-évènements marqués par de nombreux moments privilégiés, le sourire qu’arbore Giorgia Volpe en les racontant est à ce sujet manifeste. Cette dernière a ainsi rencontré un grand chef amérindien qui lui a offert en cadeau du tabac, un groupe d’enfants qui a pris place sur le tapis pour regarder un spectacle de magicien, ainsi qu’un fonctionnaire de la ville de Montréal, venu nettoyer la statue de Giovanni Caboto (nettoyage qu’il effectue seulement une fois l’an) qui a accepté d’orner la statue de la corde constituant le tapis, l’espace de quelques photographies, pour ne nommer que ces exemples brièvement.

Le tapis a pris de l’ampleur au fil des semaines, pour atteindre lors du vernissage un diamètre de 15 pieds. C’est ainsi qu’en déplaçant le tapis dans l’espace public et en continuant sa confection sur place, l’artiste par le biais de l’action performative et de l’objet parvient à créer un espace de subjectivité et de médiation qui se situe entre le corps physique et le corps social, le dedans et le dehors, le privé et le public. Un tapis qui permet à Giorgia Volpe de modifier quelque peu son environnement puisque ce dernier s’inscrit dans les mémoires de chacun, tout comme le contexte et les rencontres nouées enrichissent le projet. Un processus qui se poursuivra puisque l’artiste compte faire voyager son intervention à travers le Québec. En se jouant des frontières, Giorgia Volpe a créé un projet qui tout en s’inscrivant parfaitement dans les courants artistiques actuels fera taire ceux qui se bornent à répéter que l’art de nos jours est aussi immatériel, qu’amnésique.

Annie Hudon Laroche, septembre 2008

Vous trouverez des renseignements supplémentaires sur Croissance Travail à l’adresse:  www.croissancetravail.com

Merci à Simon Lafrenière et à María Eugenia Poblete pour leur aide au projet.