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Expo-sport

Exposition multidisciplinaire au YMCA Centre-Ville

21 mai 2005 - 17 juin 2005

Belinda Campbell, Manuelle Gauthier, Mathieu Latulippe, Frédéric Lavoie, Martin Lord et zipertatou

Expo-sport

Exposition multidisciplinaire au YMCA Centre-Ville

Du 21 mai au 17 juin 2005 Vernissage le samedi 21 mai de 13h à 19h au YMCA Centre-Ville et à compter de 16h au Pub Stanley YMCA Centre-Ville au 1440, rue Stanley, et Pub Stanley au 1428, rue Stanley, Montréal (métro Peel) Heures des visites: du mardi au samedi de 13h à 19h

S’inscrivant dans l’activité et le décor du YMCA Centre-Ville, Expo-sport est une exposition collective regroupant les artistes Belinda Campbell, Manuelle Gauthier, Mathieu Latulippe, Frédéric Lavoie, Martin Lord et zipertatou. Par l’intégration et la présentation de propositions artistiques dans un contexte sportif, ces artistes explorent la rencontre possible entre l’univers du sport et celui de l’art. Inévitablement, se met en place un jeu de lectures entre les codes et objets reliés aux domaines de l’art et ceux faisant plutôt référence à diverses facettes de l’univers sportif. Ainsi, les œuvres peuvent paraître inusitées pour les usagers du centre sportif, tandis que, pour les visiteurs de l’exposition, le lieu et sa fonction peuvent constituer un contexte singulier de présentation.

Belinda Campbell (Montréal) est en première année à la maîtrise en arts visuels et médiatiques à l’UQÀM. Elle a déjà présenté son travail dans diverses expositions et lors d’événements de groupe, dont à la galerie Optica (2004). Elle s’intéresse à l’autoportrait vidéographique et sonore utilisant la distanciation à l’intérieur de mises en scène ludiques, ironiques et poétiques. Le résultat: un autoportrait qui ne fait que s’échapper. En 2005, elle exposera à AxeNéo7 (Gatineau) et en 2006 à L’Œil de Poisson (Québec).

Les multiples positionnements sentis de la sportification (monobande vidéo). La «sportification» est la science qui résume le sport dans son essence: méditation de l’énergie dans l’espace à travers des temps d’arrêt variables où le positionnement de l’objet sportif est étudié avec l’utilisation de paramètres sensibles pour rendre compte de la variation de l’état subi. Avec la monobande, je me suis évertuée à cerner cette science qui me paraît bien obscure. J’ai maladroitement débordé du sujet en étant trop bavarde; tout ceci n’aura servi qu’à me ridiculiser et, par le fait même, à passer complètement à côté du sujet qui me passionnait tant. Les multiples positionnements sentis de la sportification est un échec sportif : l’effort mené à vouloir illustrer ce qui me dépasse m’amènera, lors d’une prochaine saison, à recommencer. Je suis motivée.

Manuelle Gauthier
(Montréal) se consacre à la vidéo, à l’installation et à la peinture. À la manière du bricoleur qui travaille avec des « résidus et des moyens du bord qu’il convertis à d’autres fins », Manuelle développe une mythologie personnelle et construit des récits fragmentés à l’intérieur desquels elle tente de faire émerger une tension, une charge dramatique. Elle s’intéresse depuis peu à la forme documentaire car le « témoignage » des personnes qu’elle interviewe constitue un matériau riche pour ses bricolages. Elle terminera en 2005 une maîtrise en arts visuels et médiatiques à l’UQÀM.

Se tenir dans sa case
(installation). Le casier peut constituer un des seuls lieux d’intimité possibles dans une école secondaire. Au gymnase, on s’y change, à moitié dissimulé derrière la mince porte. On y flâne à l’heure de la pause lorsqu’on n'a rien de mieux à faire. On y colle les photos de nos idoles, un miroir peut-être…

Ici, un segment de trois casiers est transformé en poste d’écoute et de visionnement. Une bande vidéographique y dévoile les perceptions et expériences d’une dizaine d’artistes à l’égard du sport. Le montage très subjectif propose un témoignage démesurément tragique qui souligne notamment certains clichés véhiculés par le cinéma populaire pour adolescents.

Une question simpliste de cause à effet est sous-entendue: «Au secondaire, si j’avais été hot au basket-ball, au football ou au volley-ball, est-ce que je serais devenue une artiste quand même?».

S’amorce ensuite une réflexion sur l’aspect compétitif du sport, les facteurs qui forgent l’identité à l’adolescence, l’importance de l’image dans les rapports aux autres, les marques indélébiles causées par le rejet, le lieu du sport comme laboratoire où l’on expérimente les rapports de forces en société, la façon dont on enseigne le sport dans nos écoles, etc.

Mathieu Latulippe (Montréal) poursuit présentement un baccalauréat en arts visuels et médiatiques à l’UQÀM. Dans sa pratique artistique, il cherche principalement, à travers divers médias, à requestionner le «bon sens», et certaines problématiques sociales, en créant des contrastes entre la réalité de l'œuvre, ou de la situation, et ce dont on pourrait «normalement» en attendre. On a pu voir son travail notamment lors de l’Événement Interuniversitaire de Création Vidéo (2004), du Festival des Arts indisciplinés des Régions de l’Est (2004) et du FIFA (2005). Il réalisera une installation à la Galerie Circa en 2006.

Toujours plus haut (installation). Toujours plus haut est composé de divers éléments qui forment a priori un parcours à travers différents sauts. Le spectateur est toutefois confronté assez vite au non-sens des éléments proposés et à l'impossibilité d'expérimenter véritablement ceux-ci. Au lieu, et dans un lieu du sport, le spectateur devient plutôt contraint à l’inactivité et à la contemplation.

Après avoir terminé un baccalauréat en anthropologie à l’Université de Montréal en 1999, Frédéric Lavoie (Montréal) se consacre à la vidéo, à l’art audio, à l’installation et à la photographie. Ses monobandes vidéo ont été présentées dans de nombreux festivals à Montréal et à l’étranger. Ses recherches portent sur les capacités individuelles à inventer des manières d’être dans l’espace habité. Il poursuit actuellement une maîtrise en arts médiatiques à l’UQÀM. En 2006, Le centre des arts actuels Skol lui consacrera un solo.

TRI - (installation). Dispositif en trois morceaux qui questionne le point de vue du spectateur à travers le son, l’image et l’objet.

Né à Sainte-Thérèse, Martin Lord (Montréal) termine présentement un baccalauréat en arts visuels et médiatiques à l’UQÀM, à la suite d’un séjour d’étude à l’école supérieure des arts décoratifs de Strasbourg. Il a participé à plusieurs événements et expositions collectives à Montréal, ainsi qu’à Strasbourg. Sa démarche s’élabore autour de l’image du corps et de l’individu par son apport au monde, où les notions d’aliénation, de détournement, de fragmentation et de manque sont omniprésentes. Il se considère comme un ouvrier non-spécialiste.

La partie (installation) part de l’opposition spectateur/joueur pour considérer la différence de réalité des deux groupes impliqués, c’est-à-dire l’appartenance distanciée et l’engagement direct. Ce projet trace un portrait caricatural d’une joute sportive disproportionnée. C’est dans une esthétique clash que La partie met en relief des métaphores socioaffectives liées au rôle du sport dans nos sociétés.

Rapport d'activité

Présentée au YMCA Centre-Ville, Montréal. Se terminait le 18 juin 2005

Je ne peux m’empêcher d’avoir en tête des images de corps magnifiés d’athlètes qui performent pour obtenir la victoire. Qu’on le veuille ou non, le sport occupe une place importante au sein de notre société, que ce soit par de nombreuses campagnes télévisuelles vantant les bienfaits de l’activité physique ou encore par les événements sportifs qui peuplent momentanément les ondes. Le sport, toutes disciplines confondues, suscite des rencontres, des débats et des passions. Mais au-delà de cette image idyllique du sport, que reste-t-il ? Cette question semble traverser le travail des artistes qui participent à Expo-sport. Ils ont déjoué les codes liés au sport pour en questionner la pratique.

Dans le gigantesque hall du YMCA Centre-Ville, je regarde à gauche et à droite à la recherche d’une œuvre à voir et à expérimenter. Je passe presque à un cheveu de manquer l’installation Se tenir dans sa case de Manuelle Gauthier. Mais le poste d’écoute dissimulé dans un casier ramène vite mon regard. Recueillant différents témoignages, l’artiste pose un constat sur la pratique du sport dans un contexte particulier, soit l’adolescence, moment charnière dans une vie où l’on cherche à se définir et à s’inscrire dans un groupe. De manière plutôt amusante, les interviewés confient leurs « traumatismes » face à cette situation. Qui n’a pas été, un jour, le dernier à être choisi dans une équipe? Calqué sur la vie, le sport est un exemple où l’exclusion des plus faibles relève d’une certaine sélection naturelle.

Alors que je continue mon chemin, on me fournit une médaille pour m’identifier comme une visiteuse d’Expo-sport. On m’explique que le parcours se fait à l’intérieur du centre, derrière des portes où seuls les membres ont accès. Je note les consignes et je suis bien sagement l’itinéraire, sans aller au-delà des limites permises. En fait, les œuvres ne sont pas dans une salle de musculation, un gymnase, des vestiaires ou la piscine, mais dans des lieux de passage (couloir ou palier). Je me suis d’ailleurs demandée s’il y avait une véritable rencontre entre les œuvres et les usagers du YMCA. En fait, le contexte de présentation ne relève pas à proprement parler de l’in situ au sens le plus strict. Le centre sert plutôt à accueillir les œuvres à la manière d’un centre d’exposition. Ce cadre plutôt rigide démontre qu’on ne transforme pas un lieu «habité» aussi facilement. J’ai même eu le sentiment d’être une intruse, comme si je dépassais les limites du lieu. Il ne manquait que le coup de sifflet pour me signifier de quitter le terrain de jeu. Cependant, ce malaise disparaissaît une fois les écouteurs mis pour entendre certaines œuvres. Les images se superposent à d’autres, en temps réel: une joute de volley-ball, des individus sur des machines, des enfants dans la piscine. Superposition de sens, dédoublement du réel.

Le travail de zipertatou, placé devant un gymnase, contribue à cet effet de dédoublement. Cette vidéo, sorte de clin d’œil à d’anciennes publicités des années 70, présente un message sur le sport comme espace de jeu sain où tout est beau et magnifique. Camy au gymnase est un personnage qui marche candidement. Mais la morale de l’histoire, puisqu’il en faut parfois une, agit ici comme point de chute. Même si le sport est merveilleux, les risques de blessures sont présents. zipertatou souligne le ridicule de certains messages, plutôt enfantins, que la télévision nous assenne quotidiennement. Dans ce même jeu de détournement, Les multiples positionnements sentis de la sportification de Belinda Campbell, placé devant la piscine au sous-sol du YMCA, m’a permis de faire une pause. L’artiste nous parle de sa vision du sport, en faisant fi des idées reçues sur le sujet. La neutralité du ton employé, sans émotion et avec un brin de lassitude, est presque une anti-performance. Ce qu’elle énonce défie l’esprit compétitif qui définit habituellement le sport. Selon elle, c’est une activité généreuse, un moyen de communication. Cependant, dans le contexte particulier d’Expo-sport, il est presqu’ironique d’entendre une telle réflexion.

L’œuvre Toujours plus haut de Mathieu Latulippe se déploie sur tous les paliers du YMCA. Plusieurs objets (volants de badminton, cônes, matelas de sol) sont utilisés pour leur qualité esthétique. L’agencement qu’il en fait les détourne de leur fonction de sorte qu’ils ne peuvent être utilisés. Il les fige dans son installation. La vidéo qui fait partie de l’œuvre permet de créer un décalage avec les actions habituellement liées au sport. L’artiste se prépare à faire un saut, mais son élan n’arrive jamais à son point culminant. Cette attente de quelque chose qui n’arrive pas est en quelque sorte un acte manqué qui, dans un contexte télévisuel, aurait tendance à frustrer l’auditoire. Dans La partie de Martin Lord, tout semble figé dans le temps. Cette installation rappelle les boîtes musicales. Ici, ce sont des joueurs en bois qui tournent sur eux-mêmes. Pour les voir, il faut se pencher en choisissant une des multiples ouvertures. L’œil devient témoin de ce qui se passe, mais le corps, lui, ne peut participer. Il y a une distance qui s’opère entre les spectateurs et les joueurs puisque ce sont deux réalités diamétralement opposées. Les joueurs sont dans l’arène et se donnent en spectacle devant une foule sans visage. Tout en haut du YMCA, dans un espace plutôt sombre, tout juste à côté de la salle de conditionnement physique, se trouve TRI- de Frédéric Lavoie. Se dressant dans l’espace comme un monument à la gloire du sport, cette installation en trois parties allie son, sculpture et photographie. Plutôt minimaliste dans sa facture, l’œuvre de Lavoie mélange les disciplines sportives de façon à brouiller les pistes. Le son suggère un ballon de basket-ball qui percute le sol à maintes reprises, la colonne de plexiglas dans laquelle sont intégrées de fausses balles évoque le ping-pong et la pièce intégrant une photographie avec effets stroboscopiques donne une impression de mouvement au joueur.

Expo-sport demeure une expérience intéressante dans la mesure où les artistes se sont immiscés dans un espace hautement régulé. Par leur regard parfois ludique et un brin ironique, les artistes ont réussi à démontrer certaines impossibilités liées à la pratique du sport.

Manon Tourigny, juin 2005


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